À l’occasion du bicentenaire de la photographie, un joli défi se profilait : reproduire, 170 ans plus tard, la 1ère photographie connue de la commune de Plougastel-Daoulas (Finistère), réalisée en 1856 par la photographe Mme Élisabeth Francart Disdéri.

Le samedi 19 septembre 2026, j’ai réuni les photographes Laura Aubrée et Christelle Hall pour reconstituer la scène photographiée près du calvaire de Plougastell en 1856, grâce à la technique du collodion humide, le procédé photographique employé à l’époque.
Une plaque de verre, du collodion, des produits chimiques, 5 secondes de pose, et cette manière très particulière de fabriquer une photographie, à mille lieues de l’instantané numérique. Une technique exigeante, qui demande du temps, de la précision, et qui offre une esthétique et une profondeur incomparables.
Pour faire revivre la scène, les membres du cercle celtique Bleuniou Sivi ont accepté de jouer les figurants et de reprendre les poses des personnages présents sur la photographie originale. Un grand merci à eux pour leur participation et leur implication qui ont grandement contribué à la réussite de ce défi un peu fou.

Précisions sur le rendu de la photographie originale : la photographie de 1856 est numérisée ici à partir d’un tirage sur papier albuminé, procédé alors courant. Ce tirage provenait d’un négatif au collodion sur plaque de verre — qui permettait de multiplier les vues — mais la plaque originale a disparu. Seuls nous sont parvenus les tirages albuminés. C’est ce même procédé au collodion que nous avons utilisé pour la reconstitution.
Qui était Élisabeth Disdéri ?
Née Geneviève-Élisabeth Francart à Paris vers 1817, Élisabeth Disdéri est l’une des toutes premières femmes photographes professionnelles au monde. En 1843, elle épouse André-Adolphe-Eugène Disdéri, futur inventeur de la carte de visite photographique. Le couple s’installe à Brest vers 1848 et y ouvre un atelier : les premiers clichés sont signés « Monsieur et Madame Disdéri ».
Après la séparation du couple et le départ de son mari pour Paris en 1852, Élisabeth reprend seule la direction de l’atelier brestois, rue de Siam. À une époque où les femmes ne peuvent exercer sans l’autorisation de leur époux, elle obtient en 1857 le droit de photographier en son nom propre.Là où la plupart des studios ne font que des portraits, elle sort son matériel hors des murs et photographie la Bretagne : le château et le port militaire de Brest, les ruines de l’abbaye de Saint-Mathieu, et le calvaire de Plougastel-Daoulas en 1856 — soit la plus ancienne photographie connue de la commune, celle que nous avons reconstituée. Ses 28 vues réunies sous le titre Brest et ses environs sont aujourd’hui conservées au Eastman Museum de Rochester (USA).
Les recherches récentes (Emiliano Cano-Díaz, Foto Cinema n°30, 2025) révèlent en outre son rôle occulté de partenaire et administratrice au sein de « Disdéri & Cie » à Paris : une pionnière longtemps effacée de l’histoire de la photographie, à laquelle ce bicentenaire rend enfin justice.

Remerciements :
Un immense merci à tous ceux qui ont rendu ce défi possible : Laura Aubrée, mon assistante du jour, experte du collodion humide, pour son énergie communicante ; Christelle Hall, photographe et auteure, infatigable « redécouvreuse » de femmes photographes ; Maïwenn et les figurants du Cercle Bleunioù Sivi, qui ont donné vie au calvaire ; mes chers artistes des Ateliers de Roc’hanoù Joëlle Vigot, Sylvia Guéguen et Josselin, artisans des fausses tombes ; et la mairie de Plougastel-Daoulas, fidèle au rendez-vous sur tous les projets du bicentenaire.
Article du Télégramme : https://www.letelegramme.fr/finistere/plougastel-daoulas-29470/170-ans-plus-tard-ils-ont-reproduit-une-photo-historique-de-plougastel-7121286.php
Autres ressources sur Madame Elisabeth Disderi :
Le Eastman Museum : Retrouver l’album des photographies qu’elle a réalisée autour de Brest, conservé au Musée Eastman de Kodak à Rochester, USA.

Ecoutez le podcast Brest dans l’oreillette dans lequel Christelle Hall retrace son parcours et revient sur cette aventure photographique brestoise et féminine : 🎧 La photographie, une aventure brestoise et féminine
Le Matrimoine : une longue biographie de Madame Francart-Disderi, « reconnue à l’étranger comme l’une des rares femmes photographes de l’époque. Elle fut exposée aux Etats-Unis lors de rétrospectives et son nom figure dans le répertoire des femmes photographes en tant que l’une des pionnières de cet art ».
Foto Cinema n°30 : un travail récent (2025) d’Emiliano Cano-Díaz : « Ces recherches mettent en lumière une activité intense et jusqu’ici inédite : celle de partenaire, administratrice et photographe au sein de « Disdéri & Cie », le célèbre établissement fondé par son époux André à Paris, à l’époque de l’essor et du triomphe des « cartes de visite ». Cette contribution majeure, qui fait de Francart une coresponsable du succès de ce format révolutionnaire, a été occultée par l’histoire, tandis que les mérites de son mari — dont elle était pourtant séparée de fait — ont été largement mis en avant. Dans la même logique, le nom de Mme Disdéri a même été méthodiquement effacé des « cartes de visite » qui attestaient pourtant la paternité de son travail.«
Cahiers de l’Iroise : « Disderi et son épouse, premiers photographes brestois« , par Jean Foucher – avril 1984